Le moment viendra de “verdir” les métiers

L'urgence est de traiter les conséquences économiques de "l'effet Covid". Mais rapidement l'entreprise va devoir traduire dans son organisation, dans ses métiers et dans ses compétences les leçons environnementales de la crise écologique, sanitaire et économique.

L’urgence est de traiter les conséquences économiques de “l’effet Covid”. Mais rapidement l’entreprise va devoir traduire dans son organisation, dans ses métiers et dans ses compétences les leçons environnementales de la crise écologique, sanitaire et économique.

L’irruption du virus en Asie puis sa progression dans tous les continents tout au long de l’année 2020 n’a pas seulement des conséquences économiques et sociales pour les entreprises. Elles doivent tant bien que mal composer avec les soubresauts du marché, elles sont amenées souvent à repenser leur offre et leur production, à adapter leur organisation aux contraintes de la distanciation physique, mais la pandémie les amène aussi à réfléchir à leur inscription dans l’environnement.

Venue du monde vivant, par le truchement probable d’un pangolin et d’une chauve-souris, la crise sanitaire a rappelé que les sociétés humaines ne régnaient pas sans partage sur le monde. Partie prenante de la biodiversité, il est impératif pour elles de ne pas méconnaitre l’écosystème dans lequel elles déploient leurs activités, sauf à se mettre en danger.

Le temps long de la transition

Les industriels comme les sociétés de services et l’agro-alimentaire réfléchissent à la manière d’intégrer ces préoccupations environnementales dans leur stratégie. En revoyant parfois leur politique énergétique, leur façon de gérer les déchets ou encore en optant pour des solutions respectueuses de la préservation des ressources. A terme, les métiers et les compétences de leurs salariés devraient être influencés par ces choix stratégiques. Mais les ressources humaines ne vont pas nécessairement se mettre au vert de la façon que l’on peut imaginer, c’est à dire par l’arrivée dans l’entreprise de métiers spécialisés dans l’environnement, avertit David Ascher directeur de publication d’Emploi-Environnement. Tout d’abord parce la demande de professionnels liés au développement durable n’a pas brusquement explosée avec l’arrivée du Coronavirus. D’une part parce que certains secteurs n’ont pas attendu la crise sanitaire pour faire évoluer leurs méthodes. “Les mutations s’inscrivent souvent dans un temps long” souligne David Ascher donnnant l’exemple du traitement des déchets : “On les a longtemps simplement enfouis dans le sol, puis on les a incinérés, puis triés avant de passer au stade actuel qui intègre marginalement le recyclage“. D’autre part, la période reste marquée par l’incertitude, le manque de visibilité, la nécessité de naviguer à vue en parant les écueils. L’heure n’est pas, pas encore, aux embauches de stratégies à long terme.

Une enseignante dans le domaine du développement durable et de l’économie circulaire fait ce constat partagé par des professionnels de tous bords : “il est très difficile d’opérer un virage et même de simplement penser le changement quand on est devant tant d’incertitude“. Quand on se retrouve “dans un monde où l’impensable est devenu possible“, dit joliment Nicole Gnesotto, professeur du CNAM.

Compétences digitales et vertes


Une fois passée ce (long) moment de sidération collective, des réponses seront apportées pour répondre au défi environnemental, mais elles ne passeront pas principalement par l’embauche de spécialistes. C’est davantage de “verdissement” des métiers dont il va s’agir, estime le responsable d’Emploi Environnement. De la même façon que la crise a ajouté dans l’urgence des compétences numériques aux salariés contraints de télétravailler, des collaborateurs d’horizons très divers vont devoir se doter d’une “surcouche” environnementale. Ce “vernis vert” pourra permettre à des professions a priori sans relation avec la sauvegarde de la planète, comme le logisticien ou l’électricien, de faire des choix “écologiques ” dans le cadre de leur activité.  Cette évolution, qui recoupe la demande croissante de sens dans le travail, va dans le meilleur des cas se traduire dans les plans de formation. Certaines entreprises ont déjà posé des jalons verts et promus des valeurs vertes dans leur organisation avec l’appui des responsables RSE, des directions du développement durable ou des responsables HSE (hygiène, sécurité, environnement). Ces derniers sont aujourd’hui sur un autre front. Ils se retrouvent référents Covid, doivent préserver les équipes de l’épidémie, relève David Ascher. La capacité à faire face dans un temps de crise, à prendre en compte l’impensable, le lien à l’autre malgré tout, la solidarité et l’engagement sont autant de compétences mises en lumière par la pandémie, compétences qui seront précieuses à recruter ou à développer par les entreprises désireuses d’anticiper les prochaines ruptures qui ne seront pas forcément d’ordre sanitaire, mais qui pourraient avoir partie liée au dérèglements, climatiques, réglementaires, géopolitiques.  “La proximité dans la distance” est une de ces compétences émergeantes estime Yves le Bihan pour qui il est temps de “basculer de la coopération vers l’interdépendance, stade ultime de l’autonomie, basée sur la parité, les décisions collégiales et des liens renforcés”.

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Nos valeurs
Au sein de l’Observatoire de la Compétence Métier, notre ambition première est de remettre l’humain au centre de l’équilibre des entreprises.

Depuis sa création, l’Observatoire de la Compétence Métier s’est donné pour mission de fédérer et d’informer les professionnels et les particuliers sur la nécessaire préservation et promotion de l’humain ainsi que de la compétence métier en entreprise. Nous sommes en effet convaincus que la compétence métier et l’expertise des femmes et des hommes qui composent l’entreprise se révèlent à long terme un patrimoine inestimable.

Notre ambition, au travers de nos publications, est d’affirmer avec conviction que ces valeurs sont le véritable patrimoine de l’entreprise, la réelle valeur ajoutée et surtout la meilleure protection contre les dérives actuelles que sont la standardisation, la vision court-termiste et le nivellement par le bas des logiques d’entreprise.