Le coronavirus signe-t-il l’arrêt de mort de l’open space ?

Dans quelles conditions peut s’opérer un retour au bureau ? Certains espaces nécessiteront assurément des aménagements, à commencer par les "open spaces"

Nous l’évoquions il y a quelques mois : la pandémie de Covid-19 devrait bouleverser durablement les entreprises et donner une place prépondérante au télétravail. Néanmoins, les locaux professionnels ne devraient pas disparaître de sitôt. C’est en tout cas l’avis exprimé par Vincent Huguet, CEO de Malt, marketplace réunissant de nombreux freelances. Selon le dirigeant, avec la fin progressive du confinement, il est désormais temps de revenir au bureau, notamment « pour socialiser et faire preuve de créativité ». Il le rappelle à deux reprises : « Nous sommes des animaux sociaux ».

Mais dans quelles conditions peut s’opérer ce retour au bureau ? Certains espaces nécessiteront assurément des aménagements, à commencer par les “open spaces”. Ces “plateaux ouverts”, qui constituent le principal terrain de jeu de 18 % des salariés français, sont en effet plus que jamais sous le feu des critiques.

Un aménagement déjà décrié avant la crise

À vrai dire, la défiance envers ces bureaux ne date pas d’hier, ni de la pandémie. En fin d’année dernière, l’association Journée Nationale de l’Audition (JNA) dénonçait les conséquences du bruit permanent en open space. En tirant ainsi la sonnette d’alarme, sa voix s’ajoutait à celle d’autres acteurs remettant en question cette organisation.

Un an plus tôt, deux chercheurs de la Harvard Business School ont analysé l’impact d’un modèle en open space sur la collaboration entre individus. Et les résultats obtenus peuvent sembler contre-intuitifs : en se convertissant aux bureaux ouverts, les deux entreprises étudiées ont vu leurs interactions en face à face chuter de 70 % !

Comment expliquer un tel phénomène ? D’après les auteurs, dans une telle configuration, les employés créent leur propre « quatrième mur ». Une référence à un concept élaboré par Denis Diderot, dans le Discours sur la poésie dramatique, en 1758. À l’origine, il s’adresse aux acteurs, les incitant à imaginer un mur virtuel entre eux et les spectateurs, afin de se concentrer uniquement sur leur performance. Le même raisonnement s’appliquerait alors aux salariés en open space, qui auraient tendance à se couper de leurs collègues. Les plateaux ouverts favoriseraient donc surtout la cohabitation, plus que la collaboration.

Le coup de grâce porté par le coronavirus

Cependant, cette disposition n’affecte pas seulement les relations professionnelles, elle peut aussi avoir un impact sur la santé. Une enquête menée au Danemark en 2011 soulignait en effet que les individus évoluant dans des bureaux ouverts de plus de six personnes posaient en moyenne 8 jours d’arrêt maladie par an. Soit 62 % de plus que ceux disposant d’un espace de travail clos. À l’époque, cela paraissait surtout représenter une menace sur la productivité des sociétés.

Mais aujourd’hui, la crise sanitaire conduit à une autre lecture de ces résultats. Avec l’épidémie de Covid-19, les open spaces pourraient-ils ainsi créer de nouveaux “clusters” ? C’est ce que pensent les personnes interrogées par la société américaine Bospar, dans le cadre d’une enquête citée par Ouest-France. Pour 41 % d’entre eux, les bureaux ouverts pourraient constituer des foyers d’infection et la moitié des sondés estiment qu’ils contribuent à aggraver la propagation du coronavirus.

Des craintes vraisemblablement justifiées. Une étude menée en mars dernier, dans une entreprise sud-coréenne, a mis en évidence le rôle joué par « les environnements de travail à forte densité » dans la diffusion du virus. En effet, au sein du bâtiment examiné, la plupart des salariés contaminés appartenaient au centre d’appels, où la proximité était la plus forte.

Les open spaces du “monde d’après” : une nouvelle organisation

Alors, afin de limiter ces effets, les autorités recommandent de favoriser le télétravail. Des entreprises envisagent, elles, le recours au “flex office”, pour permettre à chacun de travailler de chez lui comme au bureau. Mais comment faire quand ces solutions semblent impossibles à mettre en place ? L’open space peut-il s’adapter pour survivre ?

Quoi qu’il en soit, cet aménagement devra être réinventé. Au-delà des aspects techniques (climatisation, interrupteurs… que nous aborderons dans un autre article sur les espaces professionnels), les bureaux ouverts devront accueillir moins de monde. Et ce, afin de respecter les règles de distanciation sociale, qui vont certainement perdurer.

Une autre option consiste à installer des cloisons entre les bureaux, à la façon des “cubicles” américains. Problème : une telle architecture ne favoriserait pas les interactions entre collègues. Incontestablement, les entreprises vont devoir trouver un compromis entre impératifs sanitaires et volonté de préserver la collaboration.

Il convient toutefois de garder à l’esprit que si le travail en équipe possède ses vertus, tout projet comprend des tâches à réaliser de façon autonome. Cela nécessite donc du temps pour se concentrer, seul. Or, la solitude n’a pas toujours le vent en poupe, dans un monde où la collaboration est souvent portée aux nues. Mais avec le confinement, certains auront peut-être appris à passer du temps seuls, voire à apprécier ces moments. Et si cette crise était finalement l’occasion de se recentrer également sur soi-même dans la sphère professionnelle ?

Nos valeurs
Au sein de l’Observatoire de la Compétence Métier, notre ambition première est de remettre l’humain au centre de l’équilibre des entreprises.

Depuis sa création, l’Observatoire de la Compétence Métier s’est donné pour mission de fédérer et d’informer les professionnels et les particuliers sur la nécessaire préservation et promotion de l’humain ainsi que de la compétence métier en entreprise. Nous sommes en effet convaincus que la compétence métier et l’expertise des femmes et des hommes qui composent l’entreprise se révèlent à long terme un patrimoine inestimable.

Notre ambition, au travers de nos publications, est d’affirmer avec conviction que ces valeurs sont le véritable patrimoine de l’entreprise, la réelle valeur ajoutée et surtout la meilleure protection contre les dérives actuelles que sont la standardisation, la vision court-termiste et le nivellement par le bas des logiques d’entreprise.