Biais de projection et effet de faux consensus : imparfait accord

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Biais de projection et effet de faux consensus : imparfait accord

11 juillet 2022

Nous avons naturellement tendance à surestimer le degré d’accord des autres avec nous. Et cela nous conduit à prendre de mauvaises décisions, en particulier dans le monde du travail, à travers deux biais cognitifs : le biais de projection et l’effet de faux consensus.

« Chacun ses goûts. » Cette maxime, fréquemment employée et généralement acceptée, souligne la nécessité de respecter les préférences de chaque individu. Ce qui est valable pour les goûts devrait l’être autant pour les opinions, les croyances, les valeurs… Pourtant, notre cerveau nous pousse (trop) souvent à croire que les autres partagent notre façon de penser. Cette vision égocentrique du monde se traduit par deux distorsions cognitives proches, qui s’expriment de différentes manières en entreprise.

Qu’est-ce que le biais de projection ?

Premièrement, le biais de projection nous incite à projeter sur les autres nos propres idées, convictions ou croyances. Il nous semble alors logique que ce qui nous paraît bon le sera également aux yeux des autres, et inversement. Nous faisons ainsi une généralisation d’un cas particulier, en l’occurrence le nôtre.

Il s’agit évidemment d’un mauvais réflexe, notamment dans le cadre du management. Car il risque de mener à des incompréhensions, voire à des conflits. Par exemple, souhaitant faire plaisir à ses équipes, un manager décide d’investir dans un baby-foot flambant neuf en salle de repos. Lui-même étant fan de ce jeu, il est persuadé que sa surprise va susciter l’enthousiasme de ses collaborateurs. Mais l’accueil réservé à l’équipement s’avère loin de ses attentes : son entrain n’est absolument pas partagé par les employés, qui regrettent plutôt de voir l’argent de la société ainsi gaspillé.

Le biais de projection exerce aussi une influence dans le recrutement, lorsqu’il est associé au biais de confirmation. En effet, les recruteurs se laissent parfois inconsciemment guider par leurs ressemblances avec les candidats. Des caractéristiques communes, telles que des hobbys ou une ville d’origine, peuvent les pousser à favoriser des profils sur des critères sans lien avec le poste convoité. Car ces similitudes les confortent dans leurs opinions, leurs croyances ou leurs valeurs.

Qu’est-ce que l’effet de faux consensus ?

Peut-être plus pernicieux encore, l’effet de faux consensus nous pousse à voir un accord là où il n’y en a pas. Cet excès de confiance apparaît souvent lors des réunions : par exemple, à l’issue d’une rencontre ponctuée d’échanges harmonieux, le manager est convaincu que sa décision fait l’unanimité. Mais lors de la mise en œuvre de celle-ci, plusieurs collaborateurs expriment leur désaccord. En réalité, l’initiative n’avait pas été formulée de façon explicite, et chacun était sorti de la réunion avec sa propre opinion sur ce qui devait être entrepris, persuadé que tout le monde partageait cet avis. La supposée unanimité n’était donc qu’illusoire.

Mais l’effet de faux consensus va parfois plus loin, en surévaluant la portée d’un accord. Par exemple, lors d’une réunion sur le lancement d’un produit, les participants sont unanimes quant à ses fonctionnalités, son aspect, ses cibles… Ils ont ainsi la conviction de tenir un futur succès commercial, qui attirera un flot continu de clients. Malheureusement, une fois lancé, le produit se heurte au désintérêt du public visé et connaît un échec cuisant. L’erreur consistait alors à croire que le consensus obtenu au sein de l’équipe s’étendait jusqu’à l’extérieur.

Comment déjouer ces biais cognitifs ?

Afin de limiter les effets du biais de projection dans le recrutement, il convient de s’appuyer sur des entretiens structurés et sur des grilles d’évaluation fondées sur des critères objectifs. De même, impliquer différents collaborateurs dans le processus de recrutement aide à confronter les points de vue et ainsi à diminuer l’influence des facteurs subjectifs.

Quant aux incompréhensions au quotidien ou en réunion, elles peuvent être évitées en bannissant les suppositions et l’implicite. Ne partez pas du principe que les opinions ou les décisions sont évidentes. Demandez explicitement l’avis des personnes concernées, vérifiez, revérifiez, passez à l’écrit… Bref, ne laissez aucune place au moindre doute.

Et cela vaut également pour les potentiels clients d’un produit ou d’un service. Même si vous êtes persuadé(e) de votre valeur ajoutée, allez à la rencontre de vos cibles, écoutez leurs besoins et vérifiez que votre solution y répond véritablement. Bien sûr, le biais de projection et l’effet de faux consensus ne se manifestent pas qu’au travail. De façon générale, notre intuition nous induit souvent en erreur dans nos perceptions sociales. Ainsi, des chercheurs espagnols ont interrogé plus de 3 000 étudiants du pays (lien en espagnol), en les répartissant en deux groupes : ceux ne consommant pas d’alcool d’un côté, les consommateurs de l’autre. À la question « Combien de personnes de votre âge ont pour habitude de boire de l'alcool ? », les premiers ont estimé cette proportion à moins de 20 %, les seconds… à plus de 50 %.